La publicité en ligne à l’origine de la crise de la presse ?

Je suis régulièrement invité par Florence Terray et toute l’équipe d’Idées à la Carte (société de conseil et de formation dédié au monde de la presse) à venir m’exprimer dans les séminaires qu’elle organise sur mes sujets d’expertise (stratégie e-business et webmarketing).

Dernièrement, elle avait réuni une douzaine de responsables presse pour une formation sur le thème « Les innovations pour faire gagner la presse sur un marché multimédia ». Pour clôturer les 3 jours de séminaire, nous avons décidé d’évoquer le lien étroit qui unit la stratégie webmarketing et les business model dans les sociétés qui rencontrent le succès sur Internet.

Avant toute chose, il faut avoir conscience que le monde de la presse comprend des acteurs aux problématiques très différentes. Au-delà des aspects pure player et brick&mortar, ou devrais-je dire numérique et papier, on peut retenir qu’il y a deux grands positionnements : presse spécialisée sur une cible restreinte ou presse généraliste (ou avec une spécialisation sur une thématique grand public) avec une cible élargie. Entre une lettre d’information à destination des directeurs informatiques et un quotidien national, vous imaginez que les moyens humains et financiers, l’organisation (culture, processus), la nature du contenu produit et l’audience visée ne sont nullement comparables. A mes yeux, il s’agit d’éléments qui constituent et expliquent la valeur de la société, que j’appelerai par abus de langage des actifs. Or la construction d’un business model doit reposer sur l’identification et la compréhension de ces « actifs» .

La tentation du business model unique pour tous les sites de presse

A travers une meilleure définition de leurs actifs clés, les éditeurs de sites de contenus pourraient construire le modèle qui leur convient. En reprenant l’exemple de la lettre d’information destinée aux directeurs informatiques, sa production va exiger un travail important de veille et investigation pour proposer un contenu pointu. Ce contenu a un coût et une valeur ajoutée perçue par les directeurs informatiques… De plus, il ne faut pas oublier que les directeurs informatiques sont des professionnels : le prix de la lettre d’information est accessoire puisque c’est l’entreprise qui va la payer. Le choix d’un modèle payant (abonnement par exemple) semble pertinent. Mais il ne faut pas s’arrêter là. Si le contenu est vraiment intéressant et qu’un travail de promotion du produit a été fait, il y a fort à parier que la lettre est lue par un pourcentage élevé de la population des directeurs informatiques : le taux de pénétration de la cible est donc important. Là aussi l’éditeur de presse possède un actif intéressant à valoriser car les annonceurs qui veulent toucher les directeurs informatiques trouveront sur ce support le média idéal pour toucher la cible qu’ils visent.

Sur les sites d’information généraliste, c’est souvent la forte audience plus que la qualité du contenu qui est considérée. En effet, en dehors des logiques B2B, le contenu est perçu comme un bien gratuit par les internautes. Dès lors, c’est le fait d’atteindre une audience importante qui a de la valeur. Nostalgiquement, les annonceurs cherchent un remplaçant à la publicité de 20h sur TF1 qui était jusqu’alors le moyen idéal de toucher un pourcentage important de la population française.

Construction d'un business model pour un site de presse

Sans rentrer dans plus d’analyse, je mets souvent mes interlocuteurs en garde contre la volonté de trouver un modèle unique à la presse. Tous les éditeurs ne possèdent pas les mêmes actifs et il est primordial d’identifier lesquels de ces actifs ont le plus de valeur. La valeur n’a du sens que par rapport à un interlocuteur tiers, il est donc fondamental de comprendre son environnement, sa place dans la chaîne de valeur et surtout décoder les besoins, et les attentes des autres acteurs avec lesquels on interagit.

L’économie de l’attention

Face aux enjeux stratégiques majeurs de la presse en ligne, la prise de recul est nécessaire. Lors du dernier séminaire, j’ai voulu insisté auprès de mes interlocuteurs sur l’importance d’observer objectivement le monde et son environnement sectoriel afin d’en identifier les problématiques naissantes.

Aujourd’hui la plupart des sites de presse se considèrent (à juste titre) comme des médias et cherchent à agréger une audience importante pour décrocher les plus gros budgets publicitaires. Or avant de se lancer dans une telle course, il serait peut-être prudent de savoir contre qui on se bat…

Audience comparée des sites de presse et e-commerce

Lorsque j’ai projeté ces slides j’ai vu des visages surpris voire stupéfaits. Les e-commerçants les plus visités (je ne dis pas les meilleurs, l’audience n’étant pas a priori la finalité d’un e-commerçant) touchent 3 fois plus de visiteurs uniques que les sites de presse les plus visités. Il s’agit d’un problème clef à double titre. Tout d’abord, le modèle publicitaire repose actuellement sur l’économie de l’attention. On cherche à monétiser l’attention du visiteur. Or à midi, si l’internaute préfère passer sa pause sur un site d’e-commerce pour flâner plutôt qu’à lire de l’actualité, c’est du manque à gagner en termes d’attention pour le site de presse. Mais en plus, comme l’e-commerçant est malin, il se dit que puisqu’il ne monétise que 2% de son audience (s’il a un taux de conversion moyen de 2%), il serait stupide de ne pas chercher à monétiser les 98% autres. Et c’est ainsi qu’un PriceMinister arbore fièrement une multitude d’espaces publicitaires et réalisent une part important de son CA par ce biais. Les budgets captés par PriceMinister auprès des annonceurs n’iront pas dans la poche d’un site de presse.

Pour résumer, les éditeurs de presse arrivent dans un monde où ils vont être en concurrence avec tout le monde car tout le monde peut attirer l’internaute sur son site et le détourner d’un site d’info, mais en plus ils se retrouvent face à des acteurs qui complètent leur business model initial avec des modèles publicitaires.

La crise de la publicité en ligne

Aujourd’hui, vous entendez de nombreux débats sur la place du search et du display pour faire du brand ou du marketing direct ROI court terme. Ce jargon dissimule un premier niveau de questionnement pour les agences et les annonceurs. Aujourd’hui, la publicité en ligne navigue dans un positionnement et des missions très différentes. Lorsqu’on souhaite obtenir un ROI rapide (génération de trafic aboutissant à une vente en ligne, remplissage de formulaire, demande de devis, atteinte d’autres objectifs quantifiables et valorisables…), on va opter pour du lien sponsorisé, appelé search, qui en France signifie principalement du Adwords. Lorsqu’on souhaite faire des campagnes de brand autrement appelées campagne de notoriété, les formats bannières (display) vont être préférés. Mais depuis le début de la crise, les agences peinent à vendre de la bannière, or elles les conçoivent, conseillent et achètent les espaces… Elles ont menés des études (biaisées ?) qui démontrent que le ROI est meilleur lorsque le dispositif intègre à la fois du search et du display… En même temps, elles n’auraient pas publié des études démontrant l’inverse ;-)

Mais ceci est la partie visible de l’iceberg. Pour moi les vrais enjeux concernent surtout la mesure (ce n’est pas vraiment le sujet de cet article), et au-delà des choix de format, le choix des sites éditeurs. La mission des agences média est d’accompagner leur client dans l’achat d’espace, ce qui sous entend sélectionner les sites ou les groupes de sites (via les régies) qui vont afficher les publicités de leurs annonceurs. Aujourd’hui le problème est devenu complexe. Sur la télévision, les régies se comptent sur les doigts d’une main et il faut les mains de 3-4 amis de plus pour compter le nombre de chaînes. Sur Internet, le nombre de sites éditeurs (équivalent des chaînes) est astronomique (plusieurs centaines de milliers rien qu’en France), et les régies sont plus de 100. Autant dire que la situation est délicate à gérer.

Si nous prenons un peu de recul, tous les sites éditeurs ne s’adressent pas à la même cible, n’attirent donc pas la même audience, et même s’ils attirent la même audience, ça peut être à différents moments de la journée ou de la vie des prospects. La même personne touchée sur un site média et sur un site d’e-commerce ne réagira pas de la même manière à une même campagne. Préoccupation différente, attitude différente… Nous pouvons parler d’une forme de schizophrénie qui va impacter fortement sur la mémorisation du message ou le taux de clic. Le problème se pose de manière comparable pour les bases de données d’emails. Les adresses collectées sur un site d’e-commerce vont certainement mieux réagir à des sollicitations commerciales que les adresses collectées via des jeux concours…

En synthèse, j’observe que les agences et les annonceurs sont encore en pleine période d’expérimentation pour comprendre tous les leviers de la performance de la publicité en ligne. Le souci c’est que cette réflexion perturbe fortement les acteurs qui dépendent de la publicité en ligne pour vivre.

  • 1. Les vannes ne sont toujours pas ouvertes et les budgets restent limités au regard du temps passé par les Français en ligne.
  • 2. Les sites éditeurs voient les règles du jeu fluctué et il est donc difficile de se positionner pour séduire les annonceurs et les agences.
  • 3. La publicité est mal valorisée et les sites éditeurs souffrent… d’ailleurs même problème et même constat pour les sites de musique en ligne qui touchent très peu d’argent alors que les internautes s’y bousculent.
  • 4. La place et les responsabilités de chacun sont à clarifier : entre les modèles au CPA où les annonceurs ont un taux de conversion catastrophique et où les éditeurs portent une responsabilité qui n’est pas la leur (j’ai vu qu’il y avait un peu justice en ce bas monde… Les éditeurs effectuent des arbitrages en faveur des annonceurs avec un bon taux de conversion) ou les régies qui n’aident pas vraiment les éditeurs à vivre (une étude d’universitaires américains démontrait qu’entre une régie interne et une régie externe, les revenus générés par les espaces d’un site peuvent varier de 1 à 100, on comprend dès lors les difficultés à être rentable si on se contente de 1 plutôt que de 100).

Pour permettre à la presse de se positionner et de construire des business models pérennes, c’est un préalable que les acteurs de la publicité en ligne stabilisent leur industrie. Malheureusement, les éditeurs de presse et les autres sites qui dépendent d’un modèle publicitaire ne pourront pas attendre des années.

Qualité du trafic, marketing à la performance et guerre d’audience dans le monde de la presse

Suite au billet de Thomas en réponse à la tribune d’Eric Bennephtali fondateur de Mediastay sur le JDN, je suis tombé sur un excellent article d’Augustin Scalbert (Eco89). Si Thomas remettait en question les arguments mis en avant par Eric pour défendre la qualité de son trafic, Augustin pour sa part dénonce certaines pratiques utilisées par des éditeurs de presse pour avoir la plus forte audience. Le point commun entre les deux articles : Mediastay et les loteries en ligne.

Pour poser le cadre, et comme je sais que tous les lecteurs de Blog-Conversion ne sont pas des spécialistes du monde de la pub, il faut se rappeler que sur l’ensemble des médias, le support qui décroche la première position en termes d’audience va empocher une surprime en termes de budgets d’annonceurs. Dans le cas de l’Internet, en grossissant un peu le train, on pourrait dire que les agences média vont concentrer les budgets des annonceurs sur le site avec la plus forte audience, et que les autres sites éditeurs vont devoir se partager les miettes. C’est un héritage des médias traditionnels avec une vision mass market. L’Internet et ses audiences fragmentées, c’est révolutionnaire, alors on s’accroche à ce qu’on maîtrise ;-)

Vous comprenez donc qu’être le premier de la classe en termes d’audience est l’objectif n°1 de l’ensemble des éditeurs de presse pour récupérer le maximum de budgets d’annonceurs et compenser la perte de leurs revenus offline.

Par ailleurs, il faut aussi se rappeler que le marché de la pub a besoin d’un outil de mesure utilisé par tous pour comparer et créer un classement des audiences. Pour Internet, l’outil choisi est la mesure par panel avec notamment le panel Médiamétrie – Net Ratings qui fait office de mètre étalon.

Augustin dénonce dans son article les pratiques des éditeurs de presse qui profitent de certaines failles du système pour doper leur audience Parmi les pratiques évoquées, je reviendrai surtout sur deux d’entre elles qui font écho au billet de Thomas : le ciblage des panélistes et la mauvaise qualité du trafic.

Ciblage des panélistes

Le panel Médiamétrie – Net Ratings est composé de 25 000 internautes. Ces 25 000 internautes sont censés être représentatifs de l’ensemble des internautes français. Par le passé, la mesure panel a déjà démontré ses limites. L’Internet étant un média avec des audiences fragmentées, Médiamétrie – Net Ratings n’a pas eu le choix et a augmenté courant 2008 la taille de sa base de panélistes pour rester représentatif de l’ensemble des usages et des internautes français. Par ailleurs, Médiamétrie – Net Ratings recrutait avant 2008 les panélistes par téléphone fixe… Un gros biais puisque nous sommes aujourd’hui nombreux à ne posséder qu’un mobile. Les leçons ont été tirées : la taille du panel a été augmentée (de manière suffisante ?) et le mode de recrutement (utilisation du mail) semblerait en en phase avec les caractéristiques des internautes français. Ces changements n’ont pas été sans conséquence, on aura notamment vu des audiences multipliées par 3.

Si la notion de représentativité du panel était déjà délicate, Augustin évoque dans son article des acteurs comme KDP Groupe ou Mediastay qui seraient parvenus à cibler les panélistes dans les audiences qu’ils génèrent, ce qui permet d’artificiellement augmenter les audiences en remettant en cause la représentativité. Ces acteurs ne savent pas forcément précisément qui est panéliste, mais ils ont pu identifier que le trafic qu’ils généraient contenait une sur représentation de panélistes. En ciblant plus ou moins les panélistes, on utilise une faille de la mesure par panel et on obtient un moyen très efficace de progresser rapidement en audience.

La qualité du trafic

Un éditeur de presse promet à ses annonceurs que l’audience de son site est composée de visiteurs à la recherche d’informations. Malheureusement, lorsque un journal en ligne travaille avec un site de loterie, avec validation obligatoire de la grille en cliquant sur une bannière partenaire, il y a fort à parier que le joueur ne voulait pas vraiment prendre le temps de lire des articles… Augustin met donc en avant qu’une partie de l’audience annoncée est donc composée de visiteurs qui sont là pour de mauvaises raisons. Les annonceurs seraient donc trompés sur la qualité du trafic.

Concernant la qualité du trafic renvoyée vers les éditeurs de presse, je vous renvoie aux articles que nous avons déjà publiés sur la question sur Blog-Conversion. Je persiste à dire qu’il est nécessaire de mettre en place de vrais indicateurs mesurant la qualité du trafic notamment en travaillant sur la notion d’implication avec le temps passé par visite, le nombre de pages vues par visite et la conversion finale sur les objectifs du site.

La mesure site centric comme solution ?

Les panels sont une méthode de mesure héritée d’un autre temps, lorsque les médias n’étaient pas intéractifs (télé, presse papier, affichage, radio). Le web est un média interactif. Dit autrement, il y a un retour d’information qui en fait un miroir sans tain. Pourquoi alors continuer à utiliser des panels ? Si vous vous connectez chez vous et au travail, avec une mesure site centric classique, vous serez comptabilisé comme deux visiteurs. Si vous supprimez vos cookies, vous serez à chaque suppression de cookie considéré comme un nouveau visiteur. L’enjeu concerne donc le dédoublonnement, pour atteindre la notion suprême de visiteur unique.

Nous avons déjà évoqué précédemment quelques limites de la mesure panel. Chaque méthode de mesure possède ses défauts et mesure un aspect différent d’une même réalité. Par exemple, la mesure site centric ne serait pas biaisée par le ciblage d’une population.

Pour faire le tour de la question, il faut également évoquer deux autres aspects exigés par le marché de la pub concernant l’outil de mesure. J’ai dit quelques lignes plus haut que la mesure devait être commune à l’ensemble des acteurs du marché. Le panel étant indépendant des sites, il respecte normalement cette caractéristique. Imposer le même outil site centric n’est pas forcément aisé. Google doit rêver secrètement que Google Analytics, solution gratuite, soit installé sur l’ensemble des sites, potentiellement en parallèle d’autres outils. Mais encore faudrait-il ensuite que Google puisse jouer le rôle de tiers indépendant qui publie le classement des audiences. Avec Adwords, on est dans une situation juge et parti qui ne fait pas de Google l’acteur idéal pour ce casting.

L’autre aspect demandé à l’outil de mesure d’audience est de donner des informations sur le profil des internautes. Lorsque vous recrutez un panel et que vous installez un logiciel espion, vous maîtrisez l’association entre le profil de la personne et ses sessions de navigation. Les outils site centric sont aujourd’hui gênés aux entournures lorsqu’il s’agit d’aller plus loin dans la collecte d’information. Au-delà des problèmes technologiques, les questions de respect de la vie privée liées seraient assez pointues, pour preuve les problèmes soulevés par le ciblage comportemental et les projets de Facebook.

Vous l’aurez compris, la mesure panel a encore de beaux jours devant elle, mais je milite pour ma part pour des méthodes hybrides (panel + site centric + network centric), car finalement, toute mesure mérite d’être challengée et remise en question perpétuellement pour prouver sa pertinence.

Performance Internet : il est temps de donner des chiffres concrets !

En lisant ce matin la tribune d’Eric Bennephtali Fondateur de Mediastay / Kingolotto, je me suis fait la réflexion que nous sommes en 2009 et qu’il y a toujours aussi peu d’acteurs qui parlent « vraiment»  performance sur Internet.

Dans cet article, Eric fait l’éloge des jeux gratuits qui « seraient de véritables machines à doper l’audience de leurs clients» , et dont les sites seraient visités par plus de 12 millions d’internautes chaque mois. Il avance que, « contrairement à des idées reçues» , les amateurs de jeux gratuits seraient des internautes avertis. Il va même plus loin en affirmant que ceux-ci sont, « à travers le divertissement et l’opportunité de gains, [...] à la recherche d’informations sur de nouveaux produits ou services»  et que « 73% des internautes français déclarent vouloir jouer plus sur des jeux gratuits en période de crise»  (IFOP).

Que les jeux gratuits soient une manne de trafic pour des sites partenaires (entendez clients), cela est impossible à nier. Que l’on explique que les joueurs sont en fait à la recherche d’informations sur des produits à travers le jeu, c’est déjà beaucoup plus difficile à croire : qu’est-ce qui indique que les joueurs sont dans un processus de recherche de produit ? Quels chiffres le prouvent ? C’est non seulement le cas des sites qui commercialisent une audience de joueurs mais aussi le cas des brokers d’emails : le nombre importe beaucoup moins que la capacité effective des contacts à répondre aux sollicitations commerciales contextuelles. Dire que les utilisateurs de Kingoloto sont « 72% à avoir acheté en ligne lors des 6 derniers mois»  ne suffit pas à nous rassurer : quid du potential d’achat online des non-utilisateurs de Kingolotto ? des internautes qui cliquent sur les liens sponsorisés ? sur les bannières ? sur les liens d’affiliation ?

Il est a priori évident qu’un visiteur provenant d’une campagne marketing présente sur un jeu gratuit aura beaucoup moins de probabilité d’être converti qu’un visiteur dans une démarche effective d’achat, saisissant des mots-clés sur Google ou recherchant des produits sur Kelkoo. Mais il reste une chance à Kingolotto si son fondateur est capable de nous prouver par A+B que le coût d’acquisition client reste de toute manière plus faible, les visiteurs pouvant certes moins convertir mais étant aussi payés moins cher !

Eric explique que les visiteurs provenant de jeux gratuits sont « qualifiés» . Qualifiés, cela signifie que des attributs/segments permettant de catégoriser ces visiteurs ont été identifiés (sexe, csp, etc.). Mais la qualification ne garantit pas du tout la qualité effective de ce trafic : ce n’est pas parce que je m’adresse à une base d’acheteurs en ligne réguliers que ces derniers sont actuellement dans une démarche d’achat. Pour le mesurer, il faudrait définir des indicateurs précis que vous commencez à bien connaître : taux de conversion, taux de rebond, temps passé, pages vues / visite, etc. Il est de la responsabilité des sociétés du secteur de donner des clés d’analyse, des chiffres, de permettre les points de comparaison. Il est illusoire de parler performance sans évoquer des résultats concrets et sans expliquer pourquoi cette manière de générer des prospects est plus intéressante que les autres.

« La guerre de l’audience n’est pas terminée» , explique-t-il. J’ajouterai : celle de la qualité du trafic et de la conversion ne fait réellement que commencer…

Engagement et nouveaux KPI

Au dernier colloque de l’IAB France, j’ai eu la chance d’écouter la passionnante Mary Beth Kemp, Principal analyst chez Forrester. Sa présentation était axée autour de la notion d’engagement, dont nous avions déjà parlé ici et .

Si jusqu’à présent les articles que je pouvais lire sur le sujet m’avaient donné envie d’étudier ce sujet, je n’avais pas pour autant trouvé une réflexion vraiment structurée. Le travail présenté par Mary Beth allant dans ce sens, je me permets de le partager avec vous. Il s’agit d’une vingtaine de slides en anglais, mais très accessibles.

Au début de sa présentation, dans le pur esprit du story telling, Mary Beth nous raconte la vie d’un persona qui possède un fort lien avec une marque. Dans le cas présent, il s’agit d’un adulte fan de Lego, qui prend des photos de ses réalisations et qui s’exprime sur son blog et des forums spécialisés. Un client de ce type représente un véritable défi pour une marque, car le gérer comme un client lambda serait une énorme erreur, de même que sous-estimer sa valeur. Un tel persona est, par exemple, demandeur d’une grande transparence et d’une grande proximité, et il vous faudra donc éviter de vouloir le faire taire maîtriser le message à tout prix.

Matrice Forrester représentant la répartion des clients selon leur valeur économique et sociale

Comme vous pouvez le voir sur la matrice, le client fan de Lego n’est pas forcément le meilleur acheteur en terme de volumétrie, mais par son influence sociale, il a énormément de valeur pour la marque (remise en question du CRM uniquement basé sur la lifetime value). Tout les contenus qu’il produit, les recommandations et les avis positifs qu’il laisse sur la toile sont des arguments marketing que les autres internautes remettront beaucoup plus difficilement en question. Tout le bien ou le mal qu’il dira n’auront aucune commune mesure avec les revenus directs qu’il pourra faire générer à la marque.

En effet, le référencement naturel d’une part, et le développement de logique sociale sur l’Internet d’autre part, font que de tels clients deviennent des influenceurs à grande échelle. Mais là où la technique offre une caisse de résonnance, il ne faut pas oublier que le phénomène déclencheur est bien plus ancien. L’implication est une notion qui existe depuis les débuts du marketing, mais aujourd’hui, le contexte technologique et sociologique lui confère une importance et un aspect tout nouveau.

Parvenir à générer de l’engagement vis-à-vis de votre marque est donc une excellente chose, encore faut-il savoir gérer sur la longueur la relation qui en découle avec les clients. C’est pourquoi Mary Beth propose dans la suite de son intervention de nouveaux KPI mieux adaptés à cette nouvelle approche de la relation client.

Voir les slides de la présentation de Mary Beth Kemp, Forrester, « Engagement: A new approach to understanding your customers» 

Ciblage comportemental et vie privée : rassurer l’internaute

Encore une nouvelle qui va faire des vagues… notamment auprès des pourfendeurs du très controversé fichier EDWIGE et autres groupes de défense de la vie privée. A l’occasion du dernier salon Ad :Tech qui s’est tenu à Londres dernièrement, la société nugg.ad a annoncé, par la voix de son créateur Frank Wagner, l’intégration de l’outil Nielsen Homescan à son système de ciblage comportemental.Qu’est-ce que cela signifie ? Pour le marketeur ? Pour l’internaute-consommateur ?

Petit rappel

Nielsen Homescan est LE leader mondial de la collecte/analyse de données sur le comportement d’achat offline des foyers (oui oui ! nous parlons bien ici de vos courses chez Leclerc :-) . Les données sont en général récupérées à partir du code barre des produits achetés et contiennent des informations extrêmement précises (de la nature du produit jusqu’à sa composition nutritive s’il s’agit d’un aliment).Dans les faits, Nielsen constitue des panels de consommateurs qui, en échange de quelques dollars, s’engagent à scanner le code barre des articles achetés au moyen d’un lecteur fourni et de transmettre les données par la ligne téléphonique en moyenne une fois par semaine.La combinaison de ces informations offline avec l’outil de ciblage nugg.ad est une mini-révolution dans le monde du Web marketing. En effet, cette intégration permettra à nugg.ad d’affiner ses indicateurs statistiques qui in fine viendront alimenter des campagnes de ciblage marketing encore plus efficaces pour des taux de conversion toujours plus élevés.Cette initiative est clairement un pas de plus vers l’effacement de la frontière statistique entre nos comportements de consommation online et offline.

Vie privée

Alors que Frank Wagner présente le « Behavioral Targeting » comme un atout fondamental pour les marketeurs de tous poils, certaines voix se font aujourd’hui entendre afin qu’un effort important soit entrepris dans la pédagogie et l’éducation des internautes eux-mêmes qui, très souvent, associent cette méthode marketing à un stratagème tout droit sorti d’un cauchemar Orwellien.En effet, comme le souligne Richard Sheppard (GM @ Coremetrics), le ciblage comportemental est aujourd’hui allègrement diabolisé aussi bien par les média que par les gouvernants (voir sur le sujet les dernières initiatives du Parlement Européen). Selon lui, il est temps d’ouvrir le dialogue et de s’adresser directement au consommateur final afin de clarifier les tenants et les aboutissants d’une telle pratique. Selon l’intéressé « la peur suscitée par le ciblage comportemental tient principalement d’un manque d’information » en ajoutant que « le marketing comportemental est plus communément appelé « ciblage comportemental» , terme qui induit quasi-automatiquement une connotation négative ». Selon Sheppard, le seul moyen de mettre un terme à cette profonde méfiance, et finalement démontrer les avantages de cette technique pour le consommateur (ciblage = adéquation entre offre et demande = gain de temps et d’argent), c’est de faire preuve de bien plus de transparence sur la nature et l’utilisation des données collectées.La balle est donc dans le camp des marketeurs. Qu’en pensez-vous ?Sources :How to effectively combine predictive targeting with consumer data – iMedia ConnectionKeeping marketers focused and on target – iMedia Connection

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